APHRODISIAQUE MARCUS MILLER #SAINTEMILIONJAZZFESTIVAL
Tout en lui dénote une attitude rock. Son allure est incroyablement juvénile, subtilement élégante, il a en fait 57 ans. Il est né à Brooklyn, quartier de New-York qui a vu naitre un nombre impressionnant de courants musicaux afro-américains, comme le blues, racine de toutes les facettes du jazz, dont il incarne le versus funk. Marcus Miller, est devenu en pratiquement 45 ans, la référence mondiale de la groove. Sa prédisposition naturelle à la musique passera par son père, joueur de piano et organiste, lui même petit-fils de prêcheur dans une église. Les godspels rythmeront son enfance. Vers l'âge de 10 ans, il apprend la clarinette et il tiendra sa première guitare basse à peu près au même moment.
Quand Marcus Miller a envoyé les premières salves de sa basse, le groove a emporté le public dans la magie d'une musique jouissive, métissée, viscérale. Le St Emilion Jazz Festival est devenu en cinq éditions, une référence dans l'univers festivalier français. Ce soir, l'artiste à l'éternel chapeau noir a joué à guichet fermé avec entre autre, son fidèle saxophoniste Alex Han, des morceaux de son denier album Afrodeezia. Moments de grâce.
Quand il se tient sur la scène du Festival de Jazz de Saint Emilion en ce vendredi soir de Juillet, une foule d'aficionados frissonne quand elle reconnait les premières salves de "Papa was a rolling stone" des Temptations. "j'ai joué les premières notes de ce morceau, j'avais 13 ans!" qui reste sa ligne de basse préférée avec une tension dramatique, un suspense, qui monte lentement.
A Saint-Emilion, le Parc Guadet est full. Dominique Renard à l'origine de ce fabuleux projet né de sa rencontre avec le producteur Christophe Deghelt, flirte avec le nirvana.
Le groove puissant, jazz-funky, emporte immédiatement la foule sous le rythme du morceau d'ouverture: Hylife de son dernier album Afrodeezia. L'artiste fait corps avec sa guitare Fender, la frappant de son pouce d'une manière très particulière. Dans sa manière d'exprimer sa guitare, je penserai à un autre immense bassiste, l'éternellement regretté Jimmy Hendrix.
La musique est résolument métissée, aux accents nettement nigérians. C'est d'ailleurs toute la quête de ce dernier album. Dans une interview accordée à Culturebox, il en exprimera toute la trame : "Pour l’album "Renaissance", j’avais enregistré un morceau intitulé "Gorée". Il y a 5 ou 6 ans, j’avais visité l’île de Gorée (dans la baie de Dakar, ndlr), au Sénégal. Elle abrite un musée, la Maison des Esclaves. J’ai entendu l’histoire de Gorée. J’ai composé un morceau à partir de l'émotion que j'avais pu ressentir là-bas. On a joué ce morceau durant la tournée mondiale de "Renaissance". À Paris, à l’Olympia, j’ai joué "Gorée" après avoir expliqué son histoire sur scène. La directrice de l’Unesco était dans le public. Après le concert, elle m’a proposé de devenir artiste pour la paix et porte-parole d'un projet de l’Unesco baptisé "Route de l'Esclave", qui existait depuis plusieurs années et auquel elle souhaitait insuffler une nouvelle énergie.- En plus d'être tourné vers vos racines, votre nouvel album est ponctué d'hommages à des musiciens qui ont marqué votre vie.
- Il est important que je garde les pieds sur terre, connectés avec les racines... Quand vous faites de la musique depuis longtemps, chaque note vous rappelle quelqu’un ou quelque chose. Pour la samba, vous pensez à George Duke. Pour la bossa nova, Joe Sample (un hommage est rendu aux deux artistes dans "We were there", écrit sur un thème de Djavan, ndlr). Vous jouez du calypso ? Vous pensez à Ralph MacDonald (Miller a écrit pour lui "Son of Macbeth"). Du gospel américain ? Wayman Tisdale (Miller lui dédie "Xtraordinary"). Ça fait partie de ma vie.
- Et comme vous l’expliquez dans un texte de présentation d’"Afrodeezia", la musique est aussi une forme de résistance à l’oppression.
- Oui, mais une résistance passive. Même si d’une certaine manière, c’est très agressif. La musique est très puissante. Elle a changé le monde. Écoutez les spirituals, les musiques gospel des esclaves nord-américains, le calypso des Caraïbes, la samba, le gnawa… Cette musique renferme tellement de joie alors qu’elle a été créée dans des conditions si répressives, si dures ! C’est incroyable ! Mon album est une célébration de cette transformation.
- Vous parlez bien français. Suivez-vous la situation politique et économique française ? Le monde de la culture s’inquiète de la suppression des subventions, des festivals disparaissent, certaines mairies gérées par l’extrême droite prennent des décisions controversées...
- Chaque jour, en guise de leçon de français, je lis le journal, même si beaucoup de détails m’échappent. À propos de la culture, la même chose s’est passée aux États-Unis. Dans les années 80, la présidence de Ronald Reagan a marqué le commencement de la fin des leçons de musique dans les écoles. J’ai débuté la musique à l’école à dix ans avec la clarinette. Juste après moi, pour la génération qui a suivi, ces leçons n'existaient plus. Cela a contribué au lancement du hip-hop. Les jeunes ont voulu faire de la musique sans instrument, alors ils ont commencé à jouer sur des platines, ils avaient la musique dans le cœur ! À l’époque, la France était un pays incroyable. Miles Davis et d’autres musiciens américains installés en France me disaient : "Il y a des festivals qui sont soutenus par le gouvernement, malgré le coût important, c’est incroyable !" Maintenant, il y a une possibilité que cela change… Je pense que c’est juste un mauvais passage…
Marcus Miller est d'ailleurs ambassadeur de L'Unesco pour la paix depuis 2013. Tout son album en est la trame avec la quête de ses origines nigérianes et camerounaises qu'il a pu tracer grâce à des test ADN. Sa musique en est immensément enrichie, lui qui joue de n'importe quel instrument. Sur scène d'ailleurs, il passera de la fender par le guimbre.
De le voir sur cette scène saint-émilionnaise, lui qui a composé plus de 11 albums, produit un artiste comme Miles Davis qui lui a tout appris, engrangé deux Gramy Awards et une Victoire du Jazz, on réalise le travail des équipes du Festival. Saint-Emilion et Dominique Renard écrivent les pages d'un évènement qui marquera les annales du Jazz français.
Le producteur en France de Miller, Bernard Dulau me parlera de son attachement à la France et des 110 concerts qu'ils viennent d'enchainer.
En fin du concert, une queue impressionnante se formera au moment des dédicaces, il ne se départira pas d'une profonde générosité avec un mot pour chacun de ses fans, jeunes et beaucoup moins jeunes. On sort de ces moments, enrichis, apaisés.
Ci joint une interview de Bordeaux TV avec leur aimable autorisation
http://www.bordeaux.tv/index.php/component/hwdmediashare/mediaitem/1338:saint-%C3%A9milion-jazz-festival-marcus-miller?Itemid=108&category_id=17
Ici L'ALBUM DU FESTIVAL
Toutes les photos m'appartiennent
Je voulais remercier toute l'équipe qui a voulu et permis ce festival en particulier, Dominique Renard, Franck Binard, tous ces bénévoles qui nous ont rendu la vie plus belle mais aussi Agnès Thomas sans qui rien n'aurait été possible.
Marilyn



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